Pourquoi les feuilles changent de couleur en automne?

Par Odile                                                                                                                                                          Saint Remy de Provence

 

 Un matin, le vert familier des arbres commence à se transformer. Une feuille jaunit, sa voisine rougit, une autre prend des reflets d’or. Et, juste à côté, le pin semble ignorer l’arrivée de l’automne. D’où vient cette palette ? La réponse se trouve dans les pigments des feuilles, mais aussi dans la façon dont chaque arbre se prépare à l’hiver.

 

 

Le vert s’efface, les autres couleurs apparaissent

Au printemps et en été, les feuilles sont riches en chlorophylle, le pigment vert qui leur permet de capter la lumière pour la photosynthèse. Elles contiennent aussi d’autres pigments, notamment des caroténoïdes, responsables de teintes jaunes et orangées. Simplement, le vert domine et les cache à nos yeux.

Lorsque les jours raccourcissent, les arbres à feuilles caduques commencent à récupérer une partie des substances utiles contenues dans leurs feuilles avant de s’en séparer. La chlorophylle se dégrade. Les pigments jaunes et orangés deviennent alors visibles : voilà pourquoi certaines feuilles semblent se couvrir d’or.

 

Et le rouge, d’où vient-il ?

Le rouge suit une autre histoire. Chez certaines espèces, la feuille fabrique à l’automne des anthocyanes, des pigments qui peuvent lui donner des tons rouges, pourpres ou violacés. Leur production dépend notamment de l’espèce, de la lumière et des conditions météorologiques. Des journées ensoleillées et des nuits fraîches peuvent favoriser des couleurs particulièrement vives.

Ces pigments pourraient aussi aider la feuille à se protéger d’un excès de lumière pendant que l’arbre récupère ses ressources. Ainsi, le rouge ne serait pas qu’une jolie couleur de fin de saison : il pourrait jouer un rôle dans cette période de transition.

Quant aux teintes cuivrées ou brunes, elles apparaissent lorsque les pigments colorés disparaissent à leur tour et que d’autres composés de la feuille deviennent plus visibles.

 

                                                                                                                                                        Petit coin tranquille dans la montagne Sainte Victoire.

 

 

 

Une histoire de lumière et de longueurs d’onde

Une feuille reçoit la lumière du soleil, en absorbe une partie et en réfléchit une autre. C’est cette lumière réfléchie qui lui donne sa couleur à nos yeux. Le vert correspond approximativement à des longueurs d’onde autour de  500 à 570 nanomètres, le jaune autour de 570 à 590 nanomètres, et le rouge à des longueurs d’onde plus grandes, autour de 620 à 700 nanomètres. Une feuille ne renvoie toutefois jamais une seule longueur d’onde : ses pigments modifient tout un mélange de lumière. Lorsque la chlorophylle se dégrade à l’automne, ce mélange change, et notre regard découvre le jaune, l’orange ou le rouge. Pour un insecte, le tableau peut être différent : ses yeux ne sont pas sensibles aux mêmes longueurs d’onde que les nôtres. Une feuille rouge pour nous ne lui apparaît donc pas forcément « rouge ».

 

Pourquoi tous les arbres ne prennent-ils pas la même couleur ?

Chaque espèce possède sa propre palette et son propre rythme. Certaines révèlent surtout du jaune, d’autres produisent davantage d’anthocyanes et rougissent. Même sur un seul arbre, les feuilles exposées au soleil peuvent différer de celles restées à l’ombre. La météo ajoute sa touche : deux automnes ne peignent pas forcément le même paysage.

Et les arbres qui restent verts ? Beaucoup de persistants, comme les pins ou les chênes verts, conservent leurs feuilles plus longtemps et les renouvellent progressivement. Elles tombent elles aussi, mais pas toutes ensemble à l’automne. Leur feuillage garde donc son aspect vert pendant que les arbres caducs changent de tenue.

 

 

 

Des couleurs que les insectes peuvent voir autrement

Pour nous, une feuille rouge est un spectacle. Pour un insecte, sa couleur peut intervenir dans le choix d’une plante où se poser, se nourrir ou pondre. Les insectes ne perçoivent toutefois pas nécessairement les couleurs comme nous.

Des chercheurs ont proposé une idée intrigante : les couleurs automnales pourraient parfois renseigner certains insectes, notamment des pucerons, sur la qualité ou les défenses d’un arbre. Une feuille rouge pourrait, par exemple, être moins attirante pour eux dans certaines circonstances. Mais ce rôle de signal n’est pas établi pour toutes les espèces. Les études donnent des résultats nuancés, et une couleur peut aussi résulter de besoins propres à la feuille, comme sa protection face à la lumière.

La prochaine fois que vous ramasserez une feuille jaune ou rouge, regardez-la comme une petite étape dans la vie de l’arbre. Ses couleurs racontent la fin d’une saison de croissance, les réserves que l’arbre met de côté et, peut-être, une partie de ses relations avec les insectes. Une jolie raison de ralentir le pas sous les arbres.

L’automne ne cache donc pas un message universel du type « rouge : défense d’approcher ». Il révèle plutôt un dialogue complexe entre la physiologie des arbres, la lumière, le climat et les animaux qui les fréquentent.