Le sourire de l'Ange: apprendre à sourire à son reflet

L'Ange au sourire de la Cathédrâle de Reims

(photo Odile)

Texte et photos: Odile

 

Une personne racontait un jour qu’elle avait pris l’habitude de sourire devant sa glace le matin. Elle ajoutait aussitôt : « Ce n’est pas si facile. » Cette phrase m’est restée en mémoire, parce qu’elle dit beaucoup plus qu’il n’y paraît. Sourire à son reflet peut sembler un geste simple, presque enfantin. Et pourtant, lorsque l’on se tient face au miroir, au réveil, il ne s’agit pas seulement de voir un visage. Il s’agit parfois de rencontrer sa fatigue, ses préoccupations, les traces de la nuit, les marques du temps, les pensées déjà présentes avant même que la journée ait commencé. (ça vous parle ?..)

Le miroir devient alors un lieu très particulier : il nous renvoie une image, mais aussi une humeur, une histoire, une manière de nous regarder.

 

Le matin, nous avons souvent le regard rapide et exigeant. Nous voyons ce qui semble manquer, ce qui a changé, ce qui ne correspond pas à l’image que nous aimerions donner ou retrouver. Les traits tirés, les cernes, les tensions de la mâchoire, le front déjà soucieux… Tout cela peut devenir prétexte à jugement. Avant même de nous saluer, nous nous corrigeons. Avant même de nous accueillir, nous nous évaluons. C’est peut-être pour cela que sourire à son reflet n’est pas si facile. Car un vrai sourire ne se commande pas comme une consigne. Il demande un petit relâchement intérieur. Il suppose de déposer, ne serait-ce qu’un instant, le regard critique pour laisser venir un regard plus tendre. Sourire devant la glace devient alors un petit acte de courage : celui de commencer la journée avec soi, et non contre soi.

 

C’est là que me revient l’image de l’Ange au sourire de Reims, ma ville natale. Sur la façade de la cathédrale, son sourire énigmatique traverse le temps. Ce n’est pas un sourire éclatant, ni un sourire de façade (si je puis dire..). Il semble venir d’un espace plus secret, plus intérieur. On ne sait pas vraiment s’il sourit au monde, à Dieu, à une pensée invisible, ou à cette part de lumière qu’il porte en lui. C’est peut-être cela qui le rend si touchant : son sourire ne cherche pas à convaincre. Il n’affirme pas que tout est simple. Il ne force pas la joie. Il laisse seulement apparaître une confiance imperturbable, comme une lumière qui aurait trouvé passage à travers la pierre.

Ce sourire peut nous inspirer. Non pas pour afficher, dès le matin, une bonne humeur obligatoire ni pour faire semblant que tout va bien. Mais pour retrouver, dans notre propre visage, un espace d’apaisement. Un sourire léger, presque intérieur, peut devenir un geste de réconciliation. Il dit doucement : « Je suis là. Je me vois. Je m’accueille. » Il ne nie pas les difficultés, il n’efface pas les inquiétudes, mais il change la manière d’entrer dans la journée. Il transforme le miroir en seuil, et non en tribunal.

 

Le rituel du sourire de l’ange en pratique

Le matin, devant le miroir, ne cherchez pas à sourire tout de suite.
Commencez par regarder votre visage avec neutralité, comme un paysage.

Observez chaque partie en respirant.

À l’inspiration, imaginez que vous accueillez un peu de lumière.
À l’expiration, laissez le visage se défaire de ce qu’il porte déjà.

Desserrez la mâchoire.
Relâchez les épaules.
Laissez le regard s’adoucir.

Puis laissez venir un sourire très léger.
Pas un sourire forcé.
Pas un sourire pour convaincre.
Un sourire presque invisible, comme celui que l’on sent d’abord à l’intérieur.

 

 

Laissez passer un peu de lumière

En juin, quand la lumière grandit dehors, nous pouvons peut-être nous demander comment elle grandit aussi en nous. Le sourire du matin ne résout pas tout. Il ne gomme pas la fatigue, les doutes, les contrariétés ou les passages plus sensibles de l’existence. Mais il peut ouvrir une petite porte. Une porte minuscule par laquelle la douceur revient.

 

 

Sourire à son reflet, c’est peut-être apprendre peu à peu à sourire à la vie. Non pas à une vie parfaite, lisse, toujours lumineuse, mais à la vie telle qu’elle se présente : avec ses nuances, ses surprises, ses fragilités et ses recommencements. C’est reconnaître que, même dans les matins ordinaires, il existe un espace pour la lumière. Comme l’ange de Reims, nous n’avons pas besoin de sourire fort pour rayonner. Il suffit parfois d’un léger sourire, posé sur le visage, pour dire à la vie : « Je suis prêt (e) à te rencontrer aujourd’hui. »