
Photo Odile
Par Odile
Nine d’Urso, ou l’art délicat de l’inachevé
Il y a des titres qui attirent immédiatement, avant même que l’on sache vraiment pourquoi. Solution de continuité fait partie de ceux-là. Cette expression m’a arrêtée net. Elle porte en elle quelque chose de mystérieux, presque contradictoire : l’idée d’une coupure, d’une interruption, et pourtant aussi celle d’un lien possible, d’un passage, d’une reprise. Rien que dans ces mots, il y avait déjà une promesse de réflexion et d’originalité.
En découvrant le concept du livre de Nine d’Urso, j’ai trouvé cette première impression confirmée. Le projet repose sur une question simple en apparence, mais profondément universelle : qu’est-ce qui, dans une vie, a commencé sans jamais vraiment aller à son terme ? À partir de là, l’autrice recueille des fragments, des élans interrompus, des histoires restées ouvertes, de l’énergie interrompue, des mouvements intérieurs qui n’ont pas trouvé leur conclusion. C’est une matière à la fois intime et collective, parce qu’elle touche sans doute chacun d’entre nous.
En découvrant la question au cœur du livre, je me suis moi-même arrêtée un instant : saurais-je dire ce que j’ai commencé sans l’achever ? Et à mon tour, j’ai envie de poser cette question aux lecteurs de ce blog : pourriez-vous nommer ce que vous avez entrepris sans aller jusqu’au bout ? En ce début de printemps, la saison nous pousse souvent à imaginer mille projets, à ouvrir de nouvelles portes, à semer des envies, des projets. Tout ne va peut-être pas arriver à son terme et ce n’est pas grave. Il y a quelque chose de profondément humain et peut-être même de beau, dans ces mouvements inachevés. Car l’inachevé a aussi sa beauté : celle de ce qui a existé sincèrement, même sans forme parfaite, celle de ce qui nous a traversés, déplacés, ou transformés en silence. Tout n’a pas besoin d’être mené jusqu’au bout pour avoir eu du sens.
Ce qui rend cette démarche particulièrement originale, c’est sa dimension créative dans la présentation, comme une mise en scène. Il y a dans cette façon de recueillir l’inachevé quelque chose de très subtil : au lieu de vouloir tout refermer, tout expliquer ou tout réparer, Nine d’Urso donne une place à ce qui demeure en suspens.
Chaque dessin semble garder en lui un fragment de vie, et c’est à l’intérieur de deux pages jumelles que l’on découvre ce que chaque personne n’a pas achevé. J’ai trouvé cette idée particulièrement belle, parce qu’elle donne à l’inachevé une forme presque secrète, précieuse. On n’est pas seulement dans la lecture d’un témoignage, mais dans une expérience artistique.
Mais au-delà du livre lui-même, il y a aussi eu la rencontre.
C’était ici, lors de cette rencontre en librairie, et ce moment a donné encore plus de relief à ma découverte. Ce qui m’a touchée, c’est l’accueil de Nine d’Urso. On est presque surpris, dans le bon sens du terme, par sa simplicité. Souriante, accessible, proche des gens, elle met tout de suite à l’aise. Elle nous invite à nous asseoir, prend le temps d’échanger quelques mots, puis écrit un petit mot personnel avant de signer son livre. Rien de distant, rien de figé : juste une présence chaleureuse, sincère, attentive.

Photo Odile
Solution de continuité m’apparaît ainsi comme une œuvre à la fois singulière et profondément humaine. Un livre né d’une idée forte, porté par une forme originale et habité par une autrice dont la présence simple et lumineuse laisse une impression durable.
Pour mieux connaître l'autrice et comédienne:
https://www.ubba.eu/fiche/actrice/nine-durso
Infos livre
Solution de continuité par Nine d’Urso
Éditions Flammarion
224 pages