Tendres évocations provençales de Michèle

 

Texte et photos Michèle

 

LES SANTONS BEAUMOND-VOURIOT

Avant d’aborder un magnifique souvenir d’enfance, laissez-moi vous parler d’une famille marseillaise, profondément ancrée dans ses racines et perpétuant de génération en génération l’art du santon.

Il y a 45 ans, nos chemins se sont croisés grâce à nos enfants qui fréquentaient le même établissement scolaire, où j’avais l’honneur d’être présidente de l’A.P.E. L, et où Daniel Vouriot était vice-président. Nous formions une belle grande famille avec tous les parents qui nous avaient rejoints, dont sa douce épouse Gisèle, Mireille, Christian, Michel et sa compagne, ainsi que bien d’autres amis, sans oublier mon cher époux.

Tout cela pour vous parler des santons, car Gisèle et Daniel sont des santonniers passionnés. J’aurais pu évoquer de grandes marques comme Cabanel ou Escoffier, mais cela n’aurait pas rendu hommage à l’amour du travail de la terre et à l’amitié qui nous lie.

À Marseille, dans le quartier Vauban, Daniel et Gisèle se dévouent à l’art des santons, tandis que leur fille Anne-Laure, de la troisième génération, s’est installée aux pieds des Alpilles. Ces petits personnages, qui représentent la vie provençale, sont façonnés avec amour et minutie. Chacun d’eux incarne une scène du quotidien, que ce soit couper la lavande ou pétrir du pain, tout en affichant des expressions uniques.

Chaque étape de leur création est essentielle et nécessite patience et savoir-faire. L’atelier est un lieu de rituels où chaque détail compte pour donner vie à ces santons.

D’ARGILE ET D’AMOUR : une tradition familiale de trois générations, célébrant 50 ans de passion pour cet art. Que leur amour continue d’illuminer nos vies !

 La tradition de la crèche de Noël débute avec Saint François d’Assise en 1223, qui met en scène la nativité à Greccio, en Italie, avec des villageois et des animaux. Rapidement, les acteurs vivants sont remplacés par des figurines en bois, cire, carton, faïence et verre, donnant naissance aux crèches telles que nous les connaissons au 16ème siècle.

Après la Révolution Française, pour préserver cette tradition, des petits personnages, les « santoun » ou « petits saints », voient le jour en Provence. En 1803, la première Foire aux santons est inaugurée à Marseille. Chaque hiver, la Canebière à l’époque et maintenant le Vieux Port s’anime de santons peints et de santons habillés en costume traditionnel, accompagnés d’accessoires pour créer des crèches uniques.

Le santonnier façonne avec passion et amour des personnages en argile, utilisant des outils précis pour donner vie à chaque détail. Chaque création est un reflet de son cœur et de son imagination, soigneusement protégée pour éviter que l’argile ne sèche.

Une fois le modèle prêt, il crée un moule en plâtre pour reproduire son œuvre. Chaque étape, de la fabrication à la cuisson, est empreinte de soin. Finalement, chaque santon est décoré avec une attention minutieuse, une couleur à la fois, pour capturer l’essence de la crèche provençale et transmettre la magie de Noël.

Je donne le dernier mot à mes amies en toute simplicité et amitié :

«A vous tous, amis des santons, merci de retrouver votre regard d’enfant en visitant la foire aux santons, qui va nous permettre de partager, avec vous lors de votre passage, notre histoire et les souvenirs de notre métier… » 

 

 

LA PASTORALE MAUREL EST DE RETOUR

Laissez-moi vous raconter un souvenir d’enfance, un moment précieux qui faisait partie intégrante de notre tradition familiale et qui m’évoque toujours de tendres souvenirs. C’était dans les années 1955, lorsque j’habitais rue Rouvière à Marseille. Avec mon frère, nous allions au patronage, situé rue d’Aubagne, à deux pas du théâtre Nau.

À cette époque, dès que Noël était passé, ma grand-mère et le curé de la paroisse nous emmenaient voir la Pastorale Maurel. Quelle excitation ! Je me souviens encore de l’odeur des oranges et des marrons grillés qui flottaient dans l’air, et de la lumière des lampadaires qui éclairait notre chemin.

La Pastorale Maurel, qui signifie « le berger » en provençal, est une pièce de théâtre musical écrite en 1844 par le poète et dramaturge marseillais Antoine Maurel. Elle transpose la Nativité dans un village provençal, après que l’ange a annoncé la naissance du Christ aux bergers. Je vais vous la faire découvrir, car je vous encourage vivement à assister à une représentation au moins une fois dans votre vie.

La pièce est entièrement jouée en provençal, mais comme le disent les organisateurs, « même un Parisien pourrait comprendre ». Je me rappelle les rires et les applaudissements qui résonnaient dans la salle, lorsque les acteurs prenaient vie devant nous, incarnant des personnages typiques que l’on retrouve dans les santons. Les costumes colorés, les animaux, tout cela ajoutait à la magie de la représentation.

Le premier acte commence avec l’ange annonçant la bonne nouvelle aux bergers. Puis vient la présentation des différents personnages, chacun avec ses traits de caractère si particuliers : l’aveugle à qui le boumian a volé son fils, le meunier dont la seule famille est son âne et son chien, et bien sûr, ce bon vieux Pistachié, le peureux, qui se laisse embobiner par le boumian.

Dans le deuxième acte, la nouvelle de la naissance de l’enfant est dévoilée. Les bergers, excités, se précipitent vers le village et réveillent Roustido, un vieux garçon un peu grincheux. Sa femme, Margarido, qui ne rate jamais une occasion de lui faire des reproches, finit par descendre, furieuse de tout ce bruit. Les trois vieux se mettent en route vers l’étable, répandant la nouvelle en chemin.

Le troisième acte nous transporte chez Benvengu, un veuf qui adore faire la fête. Je me souviens de l’effervescence qui régnait dans la salle lors de l’arrivée de l’ange qui confirme la nouvelle de la naissance. Tous les personnages se mettent en route vers la crèche, impatients de voir l’enfant Jésus.

Le quatrième acte est un moment de pure magie : chaque personnage se présente devant l’enfant Jésus et lui offre son présent. Des miracles s’accomplissent : Margarido et Jourdan se réconcilient, l’aveugle retrouve la vue, et le boumian devient gentil. C’est un vrai spectacle de joie et de bonheur.

La pièce se termine par un chant puissant, « O rei de glori », qui résonne encore dans ma mémoire. La joie de ce petit peuple de Provence était palpable et contagieuse.

Bien que l’argument de la pièce soit profondément ancré dans l’esprit religieux, au fil du temps, la Pastorale Maurel a pris une dimension plus culturelle et identitaire, surtout avec la baisse de l’utilisation de la langue provençale. C’est pratiquement la seule pièce jouée chaque année à Noël en Provence dans la langue de Frédéric Mistral. Chaque représentation attire des personnes nostalgiques, qui viennent avec leurs enfants et leurs petits-enfants, perpétuant ainsi cette belle tradition.

Aujourd’hui, de nombreuses pastorales naissent dans les villages de Provence, certaines écrites par des habitants, jouées en français ou en provençal. Parmi les plus connues, il y a la pastorale Audibert, jouée en costumes bibliques. Dans mon cœur, cependant, la Pastorale Maurel restera à jamais un symbole de mon enfance, une étoile brillante dans le ciel de mes souvenirs.